mardi 14 juin 2011

Question sérieuse

"Sarvam annam" :tout est nourriture.J'évite les films,les spectacles avec de la représentation de violence réaliste qui provoquent des sentiments de peur;La vue des scènes de violence bien faites laisse des traces dans mon esprit;si ma vie a la chance d'être paisible soit en fait,soit par la transformation de son évaluation ,quel est l'intérêt de chercher cette excitation ? est-il si ennuyeux d'être simplement en paix ?
( Le seul avantage qu' à la rigueur j'y verrais c'est le plaisir de se réfugier dans les bras de son partenaire;mais ça, c'est vraiment l'avantage vu au microscope électronique ).
Que puis-je gagner à voir ce genre de film ?- il est très probable que j' éteindrai avant la fin du générique de début :( -

16 commentaires:

  1. Je pense que vous ne pouvez rien gagner, sauf peut-être à la connaissance de vous-même.
    La question en retour, serait "pourquoi demandez-vous à Flocon de vous en apporter" si vous ne les aimez pas? Elle les apprécie, mais vous n'êtes pas Flocon. :-))

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  2. Honnêtement, je ne te connais pas assez bien pour te donner une réponse utile.

    A défaut, à question sérieuse, réponse sérieuse : si les films d'horreur et les spectacles violents en général te font peur ou te dégoûtent, c'est bien naturel, ils sont fait pour ça. Une excitation est quelque chose de neutre, une réaction du corps et de l'esprit.
    Par contre, que tu souhaites fortement éviter cette peur/ce dégoût et cette excitation indique peut-être quelque chose d'intéressant.
    Tu cites la maxime ayurvedique du "tout est nourriture", mais qu'est-ce que la "nourriture", pour toi? Crains-tu que quelque chose, la vue d'une violence par exemple, devienne "mauvaise nourriture" et t'empoisonne?
    Si oui (je connais, ça m'est arrivé et personnellement, c'est quelque chose que j'ai dépassé, en partie grâce au bouddhisme) pourquoi, comment?... Etc.
    Si tu entres dans ce type d'introspection (qui n'est vraiment qu'une suggestion), regarder des films violents peut être un moyen de te confronter à quelque chose de douloureux, aux "traces" que tu redoutes comme de possibles poisons, pour réaliser leur vacuité? Et donc non pas pour troubler ta paix, mais pour l'approfondir?
    Cela dit, vu que tu pratiques le theravada qui prone plutôt l'évitement des "poisons" que leur dépassement ou leur transformation, à toi de voir ce qui te convient le mieux. Tu peux t'abstenir de films d'horreur pour pratiquer le cinquième précepte, c'est une excellente raison.

    Mais bon, ne te sens surtout pas obligée de répondre à mes questions ; et pour les films à te prêter, tu me diras au dernier moment si je les mets dans le sac ou non. :-)

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  3. Autre chose, plus simple : tu peux regarder des films d'horreur pour mieux comprendre non pas toi-même, mais les gens qui les regardent. Si tes enfants s'en délectent (comme c'est assez probable vu leur âge, à ce que j'ai compris) ça peut être une forme de partage avec eux?
    Mais attention, tu ne pourras pas te rajeunir avec cette méthode...
    C'est comme moi, même si je savoure la bouillie patate douce-carottes d'un petit Flocon, et que je joue aux cubes avec joie, je ne peux plus avoir deux ans. C'est rapé -même avec le taoïsme, c'est une affaire perdue d'avance. :-))

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  4. Le conseil de Flocon sur les films comme entraînement me fait penser à l'histoire du gros mouton sans graisse. Vous la connaissez? On l'aime beaucoup, dans le bouddhisme chinois. :-))

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  5. Sum Sei : non non,justement,je crains que Flocon veuille me faire partager sa passion (pourvu qu'elle ne lise pas ces lignes ) :)
    Flocon (es-tu là ?) :c'est vrai qu'intellectuellement je sais qu'aversion et préférence se rejoignent dans l'empêchement d'une acceptation de la vie ;et que je devrais "passer au travers" de tout ça , sans me laisser pénétrer par des sentiments ("Hugh! attitude");quelquefois,lors de zappage à la télé de quelques images de films violents (gros plan sur étranglement d'une femme ,gros plan sur cadavre etc )je m'efforce 2 ou 3 secondes à rester pour m'entraîner à voir ,pour m'aguerrir ;mais ,je ne vois pas le sens de me torturer plus longtemps et change de chaîne (pour me retrouver au milieu des infos :( ,d'un témoignage d'une mère qui a perdu son enfant :( , d'un documentaire sur les croisades :( ,du récit d'un vieux monsieur qui raconte son internement à Auschwitz :( etc :((;bref, les touches de la télécommande sont pas mal usées;en fait, j'en viens à ne regarder que les films (plaisants) que l'ai enregistrés ;le danger est naturellement que je vis dans ma bulle de protection (comme j'ai l'impression de comprendre réellement Proust...),l'avantage est que cette bulle est merveilleusement confortable .
    Oh lala Flocon,je ne veux pas me rajeunir,j'aimerais plutôt vieillir;enfin, je veux dire "mûrir". (c'était la phrase que m'adressait mon père :"il serait temps que tu grandisses ma petite fille!!" et mon mari "ah,tu es affreusement spontanée !" :(;oui,le corps vieillit :) mais la tête ,elle est comme sous-vide :) (à la dissection: "pouf!":un gros pet d'air :) )
    Je crois que ma grande peur est celle d'être prisonnière.Et j'aime chez les enfants leur occupation d'espace.

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  6. Sum Sei : non, c'est quoi cette histoire de mouton ?

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  7. Non, vous verrez : Flocon ne vous offrira de partager que ce qui vous fera envie. Vous ne devriez rien craindre d'elle.

    Pour le gros mouton sans graisse : c'est l'histoire d'un ministre à qui un roi demande de lui fournir un mouton gros, mais pas gras. On croit que c'est impossible, et pourtant le ministre le fournit. Pour ça, il a nourri grassement le mouton, mais en l'exposant chaque jour à un loup : la nourriture a créé de la viande pure, car la peur a empêché qu'elle tourne en graisse.
    C'est une image, et le mouton est une figure du bodhisattva, qui affronte chaque jour le loup de la peur et de la souffrance, pour développer la "viande" des qualités sans la "graisse" des passions. Bien sûr, une fois devenu Bouddha la graisse des passions n'est plus un problème. :-))

    Pour le reste, Flocon vous répondra, seulement une chose : quand vous dites que vous souhaitez mûrir et devenir moins spontanée, parce que votre père et votre mari voudraient cela de vous, je crois que je comprends, un peu, pourquoi l'histoire des poèmes brûlés vous met en colère. Les hommes veulent toujours que les femmes soient comme ils désirent, c'est très dur.
    Mais qui sait, peut-être, ils vous envient? :-)

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  8. Je n'ai pas d'autre réponse particulière à donner, si ce n'est qu'à mon avis, si l'on a conscience de se créer une bulle, surtout confortable, mieux vaut toujours la crever soi-même avant d'y étouffer : Proust avait crevé la sienne par l'écriture ; ça ne l'a pas empêché de souffrir et de mourir, mais ça l'a sauvé quand même. Cela dit, les films d'horreur ne marcheront pas forcément pour crever la tienne... Chacun ses méthodes. Je suis sûre qu'ils n'auraient pas du tout convenu à Proust, par exemple. :-))

    Pour le reste, les remarques masculines sur ta spontanéité et ton immaturité (misère!), là c'est facile : la boxe Shaolin! Ou le karaté si tu préfères. Un truc où on cogne en premier, et fort, en tout cas... Rien de tel pour une vie de famille harmonieuse. :-))

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  9. Super intéressante cette histoire de mouton gras sans graisse ! merci Sum Sei .Je suis toujours étonnée que malgré l'énorme quantité de nourriture que j'ingère , je ne sois pas proportionnellement énorme ;je crois que la peur consomme pas mal de calories ; ce qui expliquerait que les sereins moines soient gros avec leur repas unique ? bon, reste à développer la "viande de qualité " :( ...je ne sais pas trop si je suis le mouton gras ou le loup gras :) ;je penche pour le mouton gras qui a avalé la moitié du loup ,l'autre moitié logeant confortablement dans la gorge , table de billard, cockail bar ,cigares,et bunny girls..."sauvons les loups !"
    Sum Sei :personnellement je ne souhaite pas mûrir, car je suis déjà mûre (tendance blette);c'est pour cela que ces remarques pas gentilles m'étonnent : comment peuvent-"ils" ne pas remarquer que je ne mûris pas sur LEUR branche , que je ne me nourris pas de LEUR sève ? peut-être avez-vous remarqué déjà que j'ai la langue bien pendue (une patte du loup) et je leur réponds (méchamment -ne comptez pas sur moi pour boddhisattver à 100 % :ça me fait trop de stress)qu'ils sont peut-être mûrs mais que leurs fruits ont l'acidité de la raison qui fait fuir les butinements d'une fertilité joyeuse .Je prends comme modèles des gens heureux.Des fruits bien mûrs transformés en eau de vie ( :) j'allais écrire en haut de vie :) );et je suis en fait loin d'être spontanée :seulement dans un univers qui le permet et avec des personnes à qui je fais confiance (amour) ,j'exprime ma joie d'être en vie ,d'être là ,à respirer ,à pouvoir bouger (quel plaisir hier à jouer avec une petite fille de quatre ans et demi : tout est possible dans les histoires que nous nous racontons).Les autres ont la partie conventionnelle que je maîtrise très bien.
    Deuxième partie dans quelques minutes (j'ai trop peur du paquet de lettres qui va vous couper l'appétit)

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  10. Flocon (allez maintenant à ton tour :)) ) ben quand même il faut soigner 50 % de son lectorat :) :
    oui ,je fai mon monde , ma bulle ; je pense que c'est légitime car souffrir sans agir n'apporterait rien à qui que ce soit.Agir me provoque trop de stress,me fatigue et m'ennuie ;les réunions de toute sorte m'assomment et je suis très heureuse que des personnes se proposent volontairement (!!) pour accomplir les tâches de représentation ,d'organisation,de gestion;même les informations m'ennuient ;je n'y recherche que l'élément anecdotique qui me réveillera de ma léthargie d'écoute ;je surveille les arrières-plans,les personnages imprévus du journaliste qui se glissent sur le film ,les ombres changeantes des objets ,le son de l'émotion dans la voix ;la mimique surprise du journaliste qui passe trop tôt à l'antenne me ravit...une ampoule qui éclate dans le studio :bonus ! bref, ce sont les dérangements qui m'intéressent car ils obligent à la spontanéité.
    Flocon, tu as l'impression que Proust a crevé sa bulle par l'écriture ? j'ai tendance à penser qu'il s'est enfermé dans l'écriture , que c'était sa seule bouée de sauvetage dans un océan de larmes (dont il était l'auteur);aurait-il suffi qu'une personne lui expliquât que cesser de pleurer lui eût évité la noyade ? je n'arrive pas à imaginer qu'une création ,le choix de faire/ne pas faire d'une vie , ne se fasse sans une grande insatisfaction à la base ;quel paradoxe :le monde se nourrit des oeuvres des artistes mais les voudrait "normaux" .Heureusement (égoistement vu) que Proust n'a pas consulté un psychiatre (ou ait trouvé son "milieu" dans la méditation).
    Flocon, oui,j'ai pensé à pratiquer un sport martial (tout à côté de chez nous s'y trouve un centre): je suis certes brutale,mais l'idée d'attaquer avec conviction et efficacité une personne inconnue me freine;mes enfants ont confirmé en s'amusant que ,non, ce n'était pas pour moi, que j'essayerais de parlementer avec l'"adversaire" sur l'ineptie d'une attaque , de sa tristesse ;et avant que j'ai pu ouvrir ma bouche, je recevrais un coup dans les dents du citoyen imperméable à ma philosophie :))

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  11. Ce n'était qu'une remarque. A la manière dont tu la décris, ta bulle n'est pas aussi étouffante qu'on aurait pu le croire, donc tu n'as sans doute pas besoin de la crever. Je pensais à une autre sorte de bulle, en fait.

    Pour Proust, c'est compliqué mais je ne fais pas partie de ceux qui le voient uniquement sous l'angle de la souffrance et d'une existence engloutie : je trouve qu'on le diminue par là, et j'ai tendance à croire qu'il lui a fallu une immense quantité de bonheur actif, de vie profonde et bénéfique, au milieu de ses larmes, pour transformer sa violente douleur d'être au monde en chef-d'oeuvre.
    Et c'est vrai de tous les artistes d'une certaine façon. L'acte même de créer prouve à mes yeux que quelque part, ils ont dépassé la souffrance, pas totalement bien sûr, mais au moins dans son vécu brut et direct. Je reste persuadée que Proust, même en train d'agoniser dans sa chambre de liège, râlant et dévoré par sa propre écriture, connaissait intimement une façon d'être qui allait bien au-delà de la bulle d'une névrose ordinaire, et qu'on peut appeler "bonheur" sans trop de mensonge. C'est en ce sens que je disais qu'il avait "crevé sa bulle" en écrivant. Mais l'image est sans doute assez mauvaise. Après, il en est mort, oui, il a souffert comme un chien, c'est incontestable, mais que savons-nous réellement de cette souffrance et de cette mort?
    Quant à un psychiatre, ou à la méditation, tu crois qu'il en avait besoin, sérieusement? :-))

    Bref, j'arrête parce que sur Proust, je suis facilement intarrissable et je deviendrais vite ridicule. Comme beaucoup de gens, je l'aime trop, sans doute. :-))

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  12. Hé, au fait, autre chose, à propos de cette histoire de moines dodus et de bodhisattvas/moutons maigres (Sum connaît des tas d'histoires de ce genre, on parle beaucoup de nourriture dans le Chan et dans le taoïsme) : et "ton" moine, qu'a-t-il finalement pensé de ton projet de couverture de livre?

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  13. "Je pensais à une autre sorte de bulle, en fait."

    hum...laquelle ?
    Je suis d'accord pour ton appréciation concernant à l'offense (très volontaire) de réduire Proust à une souffrance , un "excès" -:))))- de sensibilité ;excès de bonheurs, excès de souffrance :c'est la même chose;je crois que parce que justement il a joui à l'excès qu'il a souffert à l'excès .La question reste "comment trafficoter son système personnel d'écluses de sentiments ?" ouverture/fermeture ? combien de tours de manivelle ? avec quelle rapidité ? des questions aux nuances si compliquées qu'il est tentant de ne pas y répondre et de se réfugier dans des valeurs sûres :télé,ménage,consommation des oeuvres des autres.oui,bon...de quelle manière l'écoute entière de sa douleur et sa transformation matérielle en oeuvre nous rapproche ou nous éloigne des autres ? saloperie de vie : les deux :((
    Allez ,je vais nettoyer l'escalier :)
    :(

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  14. ce qui est sûr,c'est qu'avant de publier,je devrais relire mon texte ;pardon pour les fautes incessantes .

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  15. Je pensais au genre de bulle qui consiste à nier la réalité de la vie : la bulle de l'idéalisme par exemple, ou celle d'un système de pensée égocentré. Il y a des gens qui se fabriquent des bulles étonnament solides dans ce genre-là.

    Pour Proust, OK pour l'excès ; après, comme tous les grands artistes, et comme tout le monde, il est unique et inimitable, donc pas la peine peut-être de trop se torturer par rapport à lui.

    Il me semble que les réponses aux questions que tu poses ne peuvent être que totalement individuelles, aucune généralisation n'est possible. Chacun vit, souffre, jouit, communique et crée à sa propre manière. :-)

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  16. "système de pensée égocentré" :légitime tant que "ça" ne dérange personne ou bien ?

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